Vert Périgord.
Terre occitane, terre de poésie, terre de légendes, terre de mémoires, terre d’histoire, terre d’asile, terre de savoir-faire, terre de gastronomie…terre d’excellence !
De mystérieuses forêts, de frémissantes rivières, de vertes prairies, des paysages préservés, de multiples châteaux somptueux ou modestes, de sages demeures nobles, d’humbles fermes, de modestes églises, de vieux puits, d’antiques croix de carrefour, des lavoirs rustiques …
C’est un héritage, c’est un patrimoine ! C’est une mémoire, c’est un témoignage c’est ce qui fait le sentiment d’appartenance, de solidarité, de diversité permettant d’accueillir et de partager.
Ce patrimoine est en danger. Pour éviter une perte irrémédiable, il faut l’entretenir, le protéger et, même, le sauver.
La richesse commune de cette terre miséreuse, étonnamment généreuse, se dissimule souvent au coeur des églises mais, au fil du temps, elle a été oubliée, elle a disparu, elle a été volée… des sculptures, du mobilier, des tableaux mais aussi des objets de culte (calices, ciboires, ostensoirs en argent, en vermeil, parfois en or) se sont volatilisés par ignorance, par désintérêt, par manque de protection d’églises peu à peu vidées de leurs paroissiens exilés loin du pays ou qui, restant de culture chrétienne, se sont éloignés du culte.
Le constat est rude. Pour prendre un exemple, le Ministère de la Culture (1) indique, que sur 104 calices du XVIIIe siècle, inscrits ou classés pour le département de la Dordogne, 44 ont été volés ou ont disparu (dont 4 dans la communauté de communes Périgord Nontronnais).
Datés du XVIIIe siècle, ils peuvent atteindre de 5 à 10 000€ en salle des ventes selon leur ancienneté et leurs poinçons (2). Quand ils sont trop difficiles à revendre, ils partent en Belgique, aux pays-Bas, aux Etats-unis et ailleurs…ou pire à la fonte…
Ainsi disparaissent non seulement des oeuvres d’art offertes par de riches seigneurs et d’opulents notables mais aussi des oeuvres, authentiquement émérites, toujours émouvantes car elles racontent la sueur et l’espérance des artisans, des paysans, des villageois. Ces vieilles pierres, ces statues , ces objets témoignent d’évènements souvent oubliés, mais ils sont la trace de la contribution laborieuse de toute une communauté soudée par sa mémoire, une mémoire qui s’ancre dans un espace, un geste, une chanson, une image, un objet…
Il arrive que beaucoup d’objets, de sculptures, de statues, répertoriés ou non, disparaissent mais, parfois, renaissent au hasard de la lecture d’un document ancien consulté par un vieil historien amateur, amoureux de son pays. Il explore avec soin les riches archives communales, rarement classées. Parfois, même, la découverte inopinée, à des milliers de kilomètres, d’une carte postale ancienne révèle des informations longuement recherchées et miraculeusement retrouvées.
Les églises sont souvent une charge financière trop lourde pour les collectivités (4) qui ne mesurent pas assez la valeur qu’elles apportent à l’image d’un Périgord authentique encore préservé.
Quand des communes de Dordogne n’ont pas les moyens de protéger leurs objets d’art religieux.
Elles peuvent faire appel à la DRAC Aquitaine (3) pour obtenir des aides et aussi au Conservatoire Diocésain d’Art Sacré du Périgord qui peut assurer la protection de ces objets tandis que la commune reste propriétaire des biens en ayant la possibilité de les reprendre temporairement ou définitivement..
De la même façon, les archives des petites communes sont laissées à la bonne volonté de quelques passionnés qui tentent de mettre un peu d’ordre dans des documents de toute nature sans avoir les compétences d’un archiviste. Pourtant la gestion des archives fait partie des dépenses obligatoires de la commune qui doit fournir à chaque élection municipale un récolement (5) avec copie au Directeur Départemental des Archives.
Le Centre de Gestion de la Fonction Publique Territoriale de la Dordogne peut aider les collectivités territoriales à gérer leurs archives. Il est souvent difficile pour les communes de savoir quelles archives peuvent être éliminées (demande d’élimination obligatoire).
L’archiviste qui se rend dans la commune intervient sur le classement thématique, la réalisation d’un inventaire, l’exploitation du patrimoine archivistique, la mise à jour des classements, la formation et la sensibilisation du personnel communal… Ces prestations sont payantes mais permettent aux communes de conserver des archives auxquelles elles sont attachées dans la commune plutôt que de les déposer aux Archives départementales. (6)
(1) Ministère de la Culture « Rechercher un bien volé ou disparu ».
Le Ministère de la Culture a publié un guide pratique d’auto-évaluation permettant de vérifier l’état du bâtiment, la sécurisation des églises… 100 pages.
(2) Les objets du XIXe siècle (poinçon Minerve) sont vendus autour de 4000€ car ils sont plus récents et moins rares..
(3) DORDOGNE - CAOA
Barbara Sibille - DRAC Nouvelle Aquitaine
4) Depuis la loi de séparation des églises et de l’Etat (1905) qui instaure le principe de laïcité, « les lieux de culte et les objets les garnissant sont affectés à la commune » car l’Eglise n’avait pas voulu s’organiser en association cultuelle. La commune ne peut pas vendre un bien ou un objet qui n’a pas fait l’objet d’une d’une désaffection et après un décret de déclassement ce qui est très rare concernant les objets. La commune peut bénéficier de subventions pour travaux, sécurisation des biens…
5) Code du Patrimoine art. L212
6) guide de l’association des archivistes français http://www.archivistes.org
Marie Pauthier - Piégut Pluviers