samedi 19 janvier 2019

Attention, une réunion peut en cacher une autre.

Pour une belle réunion, ce fut une belle réunion.

Arrivé sur zone, quelques minutes avant 18 h, pour assister à une réunion dite « culturelle »,  je fus d’abord très surpris de ne pouvoir me garer devant le cinéma.
Encore plus surpris d’être obligé de m’éloigner jusqu’à la moitié du parking pour me glisser dans un rare espace resté libre.

En me dirigeant vers la salle des fêtes, avec un nombre vraiment inhabituel de personnes, je m’étonnai d’être accompagné de nombreux inconnus.
A l’approche du bâtiment j’eus la surprise de croiser le maire de Milhac-de-Nontron qui, comme souvent, marchait à contre-courant.

En entrant dans le hall je fus, avec beaucoup d’autres, chaleureusement accueilli par le maire de Nontron, lui-même accompagné, notamment, de son premier adjoint.
Avant d’entrer dans la salle, inquiet, je jetai un regard et j’aperçus un regroupement déjà important constitué principalement d’élus, du moins pour ceux que je reconnaissais.

Ma surprise grandissait et je décidai de différer mon entrée.
Je me rapprochai du premier adjoint pour m’assurer que j’étais « at the right place at the right time » et, profonde déception, celui-ci m’apprit que j’allais assister aux vœux du sous-préfet.

Vexé, je consultai fébrilement la copie de la lettre d’invitation à la réunion pour laquelle j’avais dûment, mais avec une certaine légèreté, été missionné et je constatai, désobligé et dépité, que cette réunion était bien programmée, mais seulement dans une semaine, le 22 janvier. En revanche le lieu et l’heure étaient, eux, bien exacts … C’était déjà cela.

Etant donc, malgré moi, présent, je décidai cependant de rester, « pour voir » comme on dit au poker, et un peu pour entendre, ce qui pouvait se dire dans de telles circonstances.
Entre temps le sous-préfet, accompagné du préfet, arrivèrent et le maire, en me présentant, m’invita fortuitement à leur serrer la main.

La salle n’était pas pleine mais très bien remplie. Essentiellement d’élus, presque exclusivement de maires, du périmètre de contrôle de la sous-préfecture, devenue depuis peu La Maison de l’Etat. Des fonctionnaires, des animateurs de la vie administrative et sociale et les représentants des corps constitués complétaient l’aéropage politique. La présidente du Pays, remarquable, non pas cette fois par son gilet jaune, mais grâce à une tenue très colorée presque flamboyante, se démarquait habilement au milieu de cet ensemble de silhouettes majoritairement sombres et masculines, et engoncées dans leurs habits d’hiver.
Mais peu de gens, égarés comme moi, la plupart des présents ayant été personnellement invités à ce rituel plus politique que citoyen.

Après avoir prié les participants de se rapprocher du « micro » le sous-préfet pris la parole pour, protocole oblige, la céder très rapidement au préfet.
Celui-ci, très fraîchement nommé, se félicita d’être à nouveau dans le Périgord Vert, et après quelques propos préfectoraux protocolaires – pardon pour ce pléonasme - et adaptés à l’objet de la réunion, aborda exclusivement l’actualité brulante du lancement du fameux « Grand Débat national ». Une occasion très opportune de remettre les choses à leur place et les pendules à l’heure, quelques jours après la timide bronca des maires de Dordogne. Et tout aussi opportune l’annonce de la désignation du référent départemental de ce grand débat, à savoir le sous-préfet de Nontron.

Pour sa part le sous-préfet, reprenant la parole, fit un rapide mais très précis rappel des principales actions de l’année 2018, réalisées, initiées ou soutenues, par les instances et moyens préfectoraux.

Puis chacun fût invité à se retourner et à se diriger vers un long buffet dressé sur toute la largeur de la salle, et largement pourvu de mignardises variées et de boissons assorties.
Et nous n’en étions qu’à la mi-janvier, le marathon des vœux n’en étant qu’à peine à mi-course.

Nous dégustâmes, nous bûmes, nous échangeâmes et, quelque peu dubitatif, je me décidai à rentrer.

Jean-Claude Frasnetti


PS : Pour celles et ceux qui s’intéressent à la prestance vestimentaire je ne peux résister au plaisir de vous joindre un extrait d’un roman d’Alexis Jenni, « La nuit de Walenhammes », paru en 2015, où l’auteur s’attarde sur la « féminisation du costume préfectoral ». Un petit clin d’œil aussi à la sympathique et dynamique préfète qui vient de quitter notre département.


La préfète avait quitté cet uniforme peu seyant qu’on lui impose, elle le quitte dès qu’elle peut, et passe une robe qui convient mieux à ses formes, des chaussures plus pointues et plus hautes que celles qu’exige le protocole.
Il faut dire que la féminisation du costume préfectoral est un naufrage de l’élégance française. Autant le pantalon à pli, la veste brodée d’or, la large casquette aux minutieuses feuilles de chêne pouvaient donner, pour peu qu’on se tienne droit, une prestance d’amiral colonial en manœuvre, autant la déclinaison féminine des mêmes éléments, avec jupe lourde, veste trop raide, et petit tricorne à l’allure d’inélégant bibi, est une méthodique insulte à toute féminité. On dirait un déguisement, mais on ne sait de quoi, comme si la bonne marche de l’Etat imposait que rien de la femme n’apparaisse, alors que la liberté guidant le peuple a une robe radicale, d’une féminité débordante, et que cela ne l’empêche pas de tenir le drapeau et que derrière elle, les hommes suivent.


                                    Alexis Jenni
                                La nuit de Walenhammes











Alexis Jenni s’était vu décerner le Prix Goncourt en 2011 pour « L’art français de la guerre ».